Pour Julien Razafimanazato, l'un des principaux membres du gouvernement de Madagascar, "la médiation internationale du GIC a échoué"
Agence NEWS Press
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24/03/2010 01:46:57
Pour vous, Julien Razafimanazato, que représentent ces sanctions ?
Pour nous, responsables du gouvernement de la Transition, ces sanctions signifient que la médiation internationale du GIC* a été un échec. C'est notamment un échec de la réconciliation entre malgaches telle que l'Union Africaine et la SADC* se l'imaginaient : des conciliabules et des marchandages entre ex chefs d'Etats de Madagascar et le Président Rajoelina. En fait, c'est Andry Rajoelina qui a été le premier à donner une réelle chance à la réconciliation nationale, après 7 ans de dictature. Et pour y parvenir il a accepté le principe d'une médiation internationale.
Vous savez, la crise politique dans notre pays a commencé en 2008. Il n'y a jamais eu de coup d'Etat. L'ancien Chef de l'Etat a démissionné quand il a pris conscience qu'il ne pouvait plus gérer le pays, qu'il n'avait plus de légitimité, qu'il avait face à lui une"révolution orange". Il a transféré son pouvoir à un Directoire militaire qui l'a, par la suite, transmis à Andry Rajoelina. En fait, c'est le « Fihavanana », une singularité malgache, une tradition de concorde sociale entre les populations de l'ile, qui a poussé Andry Rajoelina à la réconciliation nationale.
Entre les quatre mouvances ?
On a fait appel à quatre mouvances, qui sont davantage des écuries présidentielles, car les négociateurs internationaux estimaient que si ces mouvances étaient dirigées par d'anciens Chefs d'Etat, cela pouvait favoriser la réconciliation entre malgaches. Or les mouvances sont loin de représenter tous les Malgaches et elles ont une représentativité, une influence et des moyens très différents.
C'est dans ce cadre que le GIC est intervenu. Il a voulu jouer le rôle d'arbitre. Mais tout arbitre qu'il est le GIC n'a sanctionné que le gouvernement de la Transition, en quelque sorte une seule mouvance sur les quatre. C'est la raison pour laquelle, pour moi, ces sanctions n'ont aucun sens. Elles n'aident pas à résoudre la crise. Au contraire, elles pourraient rendre les choses plus difficiles. Le GIC a échoué et en particulier la SADC.
Pourquoi ?
Parce que nous constatons que le GIC ne connait rien à Madagascar. La preuve : Regardez la nature des sanctions. En fait, les sanctions sont des mesures comme l'interdiction de voyager et le gel des avoirs extérieurs. Cela prouve que les membres de la SADC n'ont pas compris ce qui se passe réellement à Madagascar. Ils pensent que, comme eux, tous les dirigeants malgaches doivent posséder des avoirs à l'étranger. C'est totalement faux.
Moi, j'ai habité en France. Je possède un compte à la Société Générale. J'ai contracté un prêt en vue d'acheter une voiture et de construire une maison à Madagascar. Cette somme n'a pas encore été remboursée. Ainsi, si on la gèle, ce sera à mon avantage, mais je ne crois pas que la Société Générale acceptera longtemps que son prêt ne lui soit plus remboursé.
Cette sanction sur le gel des avoirs perpétue l'idée générale que les dirigeants doivent toujours posséder des comptes bien garnis à l'extérieur. C'est encore faux.
Pour moi, les sanctions décidées par l'Union Africaine sont ridicules et illégitimes car elles ont été prises dans une logique de réseau et d'intérêts mutuels, sans prendre en compte la réalité du pays
Je pense qu'il faudra d'autres personnalités qui comprennent vraiment les Malgaches, des hommes de bonne volonté qui auront le courage de sanctionner les anciens dirigeants qui eux ont réellement des comptes à l'étranger, qui ont dilapidé la richesse nationale. D'ailleurs, je pense que les dirigeants de grandes institutions internationales ne sont pas aussi aveugles. Ils savent quels sont les responsables politiques qui ont fait couler ce pays.
Après la sanction, quelle sera la prochaine étape ?
La médiation internationale du GIC a échoué et il est manifeste que des membres du GIC n'étaient pas à la hauteur de la médiation qu'ils étaient censés mettre en oeuvre. C'est pourquoi, le Président Andry Rajoelina a eu raison de préférer une solution malgacho-malgache qui se fonde sur la tenue d'élections nationales et qui respecte les valeurs malgaches de dialogue et de concorde. Nous sommes sereins parce que nous voulons développer Madagascar au bénéfice de tous et parce que nous avons le sentiment que nous sommes dans le sens de l'histoire de notre pays.
*(groupe international de contact sous la direction de l'ancien président du Mozambique Chissano)
* Organisation de l'Afrique Australe