Crise alimentaire au Niger : Début de l'opération de la Croix-Rouge Internationale
Fédération Internationale des Sociétés de la Croix Rouge et du Croissant Rouge
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22/04/2010 15:30:00
Bambèye est un village situé dans la région de Tahoua, à 600 km au nord-ouest de la capitale du Niger, Niamey. Hommes et femmes travaillent la terre à l'aide de simples pelles et de pioches par 47 degrés de température extérieure. Le sol est sablonneux et la végétation est quasi inexistante en raison de l'érosion. En coopération avec les autorités locales, la Croix-Rouge nigérienne a délimité un périmètre de 50 hectares sur lequel des activités sont en cours pendant un mois pour lutter contre ce phénoméne.
Nous n'en sommes qu'au début de l'opération mise en place par la Croix-Rouge pour tenter d'améliorer les conditions d'existence des populations frappées par l'insécurité alimentaire. Les activités initiées par la Croix-Rouge nigérienne sont soutenues par la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (FICR) qui a lancé un appel d'urgence le 16 mars dernier. Selon l'évaluation faite par les autorités nigériennes, la moitié de la population - soit près de 8 millions d'habitants - souffrent de la faim en raison des mauvaises récoltes enregistrées l'an dernier.
"Les gens ont faim et ils ont besoin d'argent pour acheter de quoi manger. Tous ceux qui viennent travailler sur ce site gagnent un peu d'argent à la fin de la journée. Cela leur permet d'acheter 7 kilos de mil pour nourrir leur famille pendant deux jours", explique Mounkaïla Yayé, coordinateur chargé de la sécurité alimentaire à la Croix-Rouge nigérienne.
Les sites "travail contre argent" installés à Bambéye ainsi que dans 6 autres endroits dans les régions de Tahoua, Diffa et Zinder vont offrir la possibilité à 1500 personnes de gagner leur vie pendant un mois ou deux. Leur travail consiste à creuser des sites de micro captages dans le sol pour que, lorsque les pluies viendront, l'eau puisse être conservée afin de permettre le développement de la végétation et à l'herbe de pousser. Cela permettra aussi d'améliorer l'environnement et de stopper la désertification.
Moutapha Ibrahima est père de 8 enfants. Il essuie la sueur qui coule de son front en s'appuyant sur une pioche. Il tente de faire pousser des haricots, du mil et du sorgho mais la dernière récolte a été mauvaise en raison des pluies irrégulières arrivées trop tardivement et qui n'ont pas duré aussi longtemps que d'habitude.
"Nous n'avons plus rien en stock. En ce moment, avec la famille, nous mangeons des feuilles de chou. Travailler sur ce site, c'est la seule façon pour moi de gagner l'argent nécessaire pour nourrir ma famille. Mes frères sont déjà partis au Nigéria pour trouver du travail. Je dois donc aussi m'occuper de leurs enfants », explique t-il.
Malnutrition infantile
Nous arrivons ensuite à Taza après avoir suivi une piste sablonneuse. La localité compte 18 500 habitants. Elle est traversée par des camions bondés de passagers à l'intérieur des véhicules mais aussi parfois sur le toit. Certains camions sont chargés de matelas et même parfois de meubles. Il s'agit là de personnes quittant la région pour se rendre dans les villes à la recherche d'un travail, d'un peu d'argent et de nourriture.
Six volontaires de la Croix-Rouge nigérienne sont là pour renforcer le centre de santé de Taza afin de détecter les cas de malnutrition et sensibiliser les mamans. Des visites de ce genre ont lieu deux fois par mois. C'est l'occasion de peser des centaines d'enfants, de les mesurer et de leur donner une dose de vitamine A ainsi que divers compléments. La moitié d'entre eux souffrent de malnutrition (d'un niveau relativement sévère). Deux bébés sont déjà atteints à un niveau plus grave.
L'un d'eux est une petite fille âgée de 10 mois qui ne pèse que 4 kilos et mesure 73 centimètres. Sa maman est orientée vers un centre de nutrition thérapeutique. Dans le même temps, on lui remet un sac de compléments alimentaires à base de maïs et de soja qui l'aidera à nourrir son enfant deux fois par jour.
"La situation s'est aggravée par rapport à notre dernière visite. Aujourd'hui, les mamans qui sont ici sont uniquement celles de la ville de Taza. Impossible de prévenir tous les villages environnants car nous aurions alors été totalement débordés", explique Abdoul Karim, un des volontaires de la Croix-Rouge nigérienne.
Ramatou Inoussa habite Taza avec son mari et ses cinq enfants. Le plus jeune, Ismael, est âgé de 18 mois et souffre de malnutrition. Il n'avait plus d'appétit et pleurait beaucoup. 24 heures après avoir reçu le complément à base de maïs et de soja, l'enfant commence à nouveau à s'alimenter de lui-même, il est plus actif et se met à jouer. S'il prend ce complément alimentaire pendant deux semaines en plus de son repas habituel, il s'en sortira.
La famille a d'autres soucis. La saison des semailles commence en mai-juin mais elle n'a plus rien à semer. Pour gagner un peu d'argent, elle garde du bétail qui ne lui appartient pas. Lors de la dernière récolte, ils avaient pu produire du mil mais il ne reste plus rien.
Distributions de semences
"La prochaine étape de l'opération de sécurité alimentaire au Niger va consister à distribuer de semences aux agriculteurs les plus vulnérables mais les fonds nécessaires manquent encore. Il serait pourtant essentiel de pouvoir fournir des semences de meilleure qualité afin de pouvoir faire une récolte en septembre prochain", explique Angelika Kessler, déléguée chargée de la sécurité alimentaire de la FICR pour l'Afrique de l'Ouest du du Centre.
Quand le moment sera venu de procéder aux plantations, il y aura aussi la nécessité d'accroître les distributions de nourriture. Les populations seront aux champs, ils ne pourront donc plus participer à des programmes « travail contre nourriture » et ils n'auront plus rien à manger. En partenariat avec le Programme alimentaire mondial (PAM), la FICR procédera à des distributions de nourriture dans une soixantaine de villages dans l'Ouest du pays, autour de Zinder. La FICR et la Croix-Rouge nigérienne travaillent également en étroite collaboration avec les partenaires du Mouvement Croix-Rouge Croissant-Rouge présents dans le pays : le CICR, le Croissant-Rouge du Qatar, les Croix-Rouge française, irlandaise et espagnole.
De leur côté, les autorités nigériennes contribuent à cet effort en augmentant les importations de céréales en provenance des pays voisins comme le Nigéria et le Bénin, ces céréales étant revendues à prix réduit. Les autorités vont également procéder à des distributions de nourriture ciblées dans le courant du mois de mai en collaboration avec le PAM et d'autres organisations humanitaires. Le mois dernier, le nouveau gouvernement a lancé un appel à l'aide internationale.