Entretien au Press Club de France avec Mahaman Lawan Sériba Directeur du Comité international des Jeux de la Francophonie

CIJF - Comité International des Jeux de la Francophonie - 14/04/2017 17:59:59


Mahaman Lawan Sériba est directeur du CIJF le Comité international des Jeux de la Francophonie ; l'organisme qui pilote au sein de l'OIF (l'Organisation Internationale de la Francophonie) la mise en oeuvre des Jeux qui auront lieu cette année à Abidjan pour la 8ième édition. Depuis leur création en 1989, à Beyrouth, les Jeux sont devenus l'une des 3 grandes compétitions internationales à une échelle aussi large. Ils ont une particularité unique avec des compétitions sportives dans des disciplines olympiques et des Concours culturels. Après Nice en 2013 les Jeux de la Francophonie accueilleront plus d'une cinquantaine de pays dans la capitale de l'Afrique de l'Ouest. Etat des lieux à J-100 !
A 100 jours de l'ouverture des Jeux de la Francophonie, où en sont les préparatifs ?

A cette distance de l'échéance, nous avons pour tradition d'effectuer un bilan de situation. Que ce soit à Beyrouth ou à Nice, au niveau national ou international.
Replaçons le contexte : la Côte d'Ivoire a remis sa candidature en 2012 et a été désignée pays hôte en 2013. Les travaux ayant commencé immédiatement après la signature du cahier des charges, ils durent depuis 4 ans maintenant.
À ce jour, plus de 55 pays se sont engagés, ce qui est un record et nous gardons bon espoir qu'après un long processus de sélection et les dernières formalités d'autres pays soient sur la ligne de départ.
La mobilisation est très forte, cela se ressent !

Nous avons procédé aux qualifications depuis le mois de novembre 2016.
La sélection des douze listes culturelles a été effectuée et je tiens à rappeler que les Jeux de la Francophonie sont les seuls à présenter des concours dans le domaine de la culture (sculpture, peinture, littérature, contes...) qui sont des prix internationaux. Les artistes sont actuellement en train de se préparer et il y a une formidable émulation. Par ailleurs, nous avons procédé au tirage au sort pour le football et le basket pour mettre en place des tournois de 16 équipes d'un niveau très élevé comme le Cameroun qui vient de remporter la CAN et les équipes du sud et du nord s'affronteront dans ce tournoi. En parallèle nous effectuons les épreuves qualificatives du judo, de la lutte africaine et de la lutte libre, le tennis de table, et le cyclisme sur route. Nous attaquons en ce moment le volley, l'athlétisme et le handisport. Nous sommes donc en phase par rapport à notre calendrier initial. 

Quelle est la situation sur les sites qui accueilleront les Jeux ?
La Côte d'Ivoire est en train de réhabiliter les infrastructures existantes, construire celles qui manquent, et surtout créer un village pour les 4 000 compétiteurs qui sont attendus. Les infrastructures sont de grande qualité et le gros oeuvre est maintenant terminé. Il reste uniquement les finitions à achever. L'avance que le pays hôte a sur le calendrier augure de la grande qualité des installations et de leur respect des normes internationales.
Lors de notre dernière visite, nous avons pu constater que l'ensemble des infrastructures d'accueil sont en place : hébergement, restauration, sécurité.
Je tiens aussi à souligner deux éléments nouveaux pour cette édition : l'aspect développement durable qui sera mis en avant, et les nouvelles technologies. A ce sujet, nous avons basé une grande partie de l'organisation des jeux sur la fibre optique, l'ensemble des sites en seront équipés. Cela permettra des échanges beaucoup plus fluides entre les organisateurs et les participants.

La devise des Jeux tient en trois mots fraternité, diversité excellence. Où placez-vous le curseur pour cette nouvelle édition ?

Cette devise est notre marque de fabrique. C'est l'excellence, qui nous anime et qui nous pousse à sélectionner les meilleurs compétiteurs. Nous avons fixé de nouvelles exigences aux fédérations sportives en matière de qualification des athlètes par exemple. Cette sélection rigoureuse maximise l'intérêt des jeux. Grâce à cette politique nous avons désormais parmi nous les sportifs de premier plan. Cela favorise notre objectif initial, qui est de faire des jeux un tremplin pour notre jeune élite culturelle et sportive. Les précédentes compétitions ont montré clairement que les Jeux de la Francophonie jouaient ce rôle. Y compris dans le football, qui est un tournoi des - 20 ans, et qui mobilise particulièrement le public. Le tournoi de basket féminin, est aujourd'hui d'un très haut niveau. Le marathon permettra de mettre en compétition les coureurs du nord et du sud où l'Afrique a d'ailleurs de nombreux champions.

Les Jeux sont aussi le seul évènement international à accueillir une discipline propre au continent : la lutte africaine. C'est un sport qui allie l'ingéniosité, la force, la tactique et la stratégie qui nous vient de l'Afrique de l'Ouest. Il représente une symbiose entre le sport et la culture sous l'égide de la CALA -Confédération Africaine des Luttes Associées -. Pour parachever le tout, une course de cyclisme sur route aura lieu le 27 juillet, qui se terminera au Grand Bassam une ville historique de la Côte d'Ivoire. Une trentaine d'équipes masculines et féminines sont déjà en lice dans une discipline qui est toujours très prisée dans les pays francophones et en raison des talents qu'elle peut révéler. Nous avons aussi veillé au tempo des Jeux. Dès le 22 juillet les épreuves éliminatoires commenceront puis le 23, ce seront déjà les finales de luttes libres. L'organisation a prévu une monté en puissance de jour en jour, ainsi que la tenue d'une finale par jour. . Il y aura aussi le marathon qui sera couru le dimanche qui est très renommé.

Les jeux s'achèveront par la remise des médailles, un grand gala, et enfin la cérémonie de clôture. Celle-ci fera écho à la cérémonie d'ouverture qui aura lieu le 21. Cette cérémonie d'ouverture promet d'ailleurs d'être grandiose car elle se déroulera en deux temps : un défilé puis un spectacle haut en couleur, riche en chanson, en musique et en dance. C'est le groupe Attias qui est chargé d'organiser les cérémonies avec un spectacle qui relate l'évolution de la francophonie dans le monde et l'évolution de la Cote d'Ivoire au niveau national et international.

Pour un tel évènement, quel est le support médiatique international ?

Il y a un renforcement de la couverture médiatique. Ces jeux sont un aboutissement, avec une couverture très large et sans précédent. Pour rappel, à Nice, nous avions eu 250 millions de téléspectateurs. À Abidjan nous en attendons 500 millions venant des 5 continents. Les images seront offertes, c'est-à-dire libre de droits. Nous avons touché plus de 700 chaines de télévision, ainsi que de nombreuse agence de diffusion. Nous aurons aussi déjà procédé à la réservation pour la couverture satellitaire : c'est la RTI (Radio Télévision Ivoirienne) qui se chargera de la production d'image et la monté satellitaire. C'est grâce à ces procédés que nous parvenons à être le seul évènement en langue Française à être diffusé sur les 5 continents. N'oublions pas que cette année de nouveaux Etats participeront aux Jeux comme l'Etat fédéré l'Ontario au Canada, mais aussi l'Argentine ainsi que la Corée. Désormais la comparaison entre les Jeux de la Francophonie et ceux du Common Wealth se tient.

Au-delà de la compétition, au-delà de la confrontation des athlètes et des équipes quel est le sens d'Abidjan 2017 ?
Comme tout grand évènement sportif international, les jeux sont un acteur inévitable pour renforcer les liens sociaux du pays et les liens entre les pays participants. Pour le pays d'accueil, les jeux permettent de réunir tous les ivoiriens autour d'un évènement commun, d'un objectif commun et de favoriser l'accélération du développement économique du pays.
Ces jeux constitueront de façon unanime un leg pour la jeunesse. C'est un message d'universalité.

Entretien avec Raphaël de la Salmonière et Jean François Puech