Quand la scolarisation à 2 ans n'a pas les effets attendus : leçons des méthodes d'évaluation

France Stratégie - 11/01/2018 19:14:13

Sur l'exemple de la scolarisation des enfants dès l'âge de deux ans, France Stratégie montre combien l'utilisation des méthodes d'évaluation d'impact pour les politiques publiques peut être délicate. Elle alerte sur la nécessité de penser les conditions d'accueil des tout-petits à l'école maternelle pour que l'expérience scolaire profite à ces derniers.

L'accueil des enfants de moins de 3 ans en école maternelle a souvent été présenté comme un outil pour prévenir les difficultés et les inégalités de réussite liées aux origines sociales. Pour autant, le taux de scolarisation préélémentaire a été divisé par trois depuis la fin des années 1990 : il s'établit à 12 % des enfants de moins de 3 ans en 2016 alors qu'il atteignait 35 % en 1999.

La France (avec la Belgique francophone) a une position atypique : elle est le seul pays de l'OCDE à proposer une scolarisation aussi tôt. Celle-ci ne fait d'ailleurs pas l'unanimité dans le débat public : se pose notamment la question de l'adaptation de l'environnement scolaire aux tout-petits.

Scolarisation à deux ans : quel impact sur la réussite scolaire ?

France Stratégie exploite les données du panel d'élèves (35 000) entrés en 6e en 2007 : on dispose de mesures de leurs performances en 6e et en 3e et de nombreuses informations sur la situation de l'élève et de sa famille.

Plusieurs méthodes d'évaluation sont testées pour tenter d'évaluer l'impact qu'aurait la scolarisation à 2 ans sur l'amélioration de la réussite scolaire.

Pour neutraliser les différences qui pourraient jouer sur la probabilité d'être préscolarisé et sur les performances, on essaie dans l'évaluation d'isoler les effets propres d'un ensemble de caractéristiques importantes (le sexe des enfants, le niveau de diplôme de leurs parents, le rang dans la fratrie...) sur la réussite scolaire. De cette façon, on compare des enfants qui se ressemblent beaucoup et dont on peut penser que la seule différence est leur âge d'entrée à l'école maternelle. On note alors que les performances aux tests des élèves entrés à 2 ans à l'école sont significativement moins bonnes dans les domaines les plus scolaires et équivalentes dans les autres. Cette méthode n'est toutefois pas totalement satisfaisante, car certaines caractéristiques inobservables qui pourraient affecter l'âge d'entrée en maternelle et la réussite des élèves ne sont pas prises en compte de cette façon (les contraintes de ressources ou de disponibilité des parents, les contraintes d'accès limité dans certains établissements).

Une méthode plus rigoureuse consiste à identifier des situations où, par hasard, des enfants sont amenés à entrer plus tôt que d'autres à l'école, indépendamment de leurs caractéristiques. On peut par exemple s'appuyer sur la réglementation. Les enfants nés avant une date butoir peuvent être scolarisés l'année de leurs 2 ans, tandis que les autres nés juste après doivent entrer l'année de leurs 3 ans. Dans ce cas, les enfants scolarisés plus tôt, et donc plus longtemps, semblent avoir de meilleurs résultats et ce jusqu'au collège. Mais cette méthode ne dissocie pas l'effet propre de l'âge des élèves au moment où ils passent les tests de l'effet de l'âge d'entrée à l'école maternelle, et il se trouve que les enfants entrés plus tôt sont généralement aussi plus âgés lorsqu'ils passent ces tests, donc plus mûrs. Une seconde option consiste à comparer des élèves nés au même moment mais dans différents départements, car ces derniers présentent de fortes inégalités en termes d'accès à l'école maternelle dès 2 ans. On compare ainsi des enfants dont seules les chances de pouvoir entrer plus tôt à l'école maternelle diffèrent car ils sont nés dans des territoires où la scolarisation précoce est plus ou moins possible. Cette fois-ci, il semblerait que la scolarisation précoce ait plutôt un effet négatif sur les compétences des élèves, en tout cas jamais positif.

Des résultats contradictoires

Selon les méthodes utilisées, on constate donc des résultats très différents voire contradictoires. Bien qu'explicables, ces divergences montrent combien l'utilisation des méthodes d'évaluation d'impact pour évaluer les politiques publiques peut être délicate en pratique, donc réclame de la technicité.

Ces travaux montrent aussi les limites des données dont on dispose : elles ne contiennent aucune information concernant le mode d'accueil précis de ceux qui attendent une année de plus avant d'être scolarisés (crèche, assistante maternelle, garde au sein de la famille...).

Au final, les résultats présentés ici ne réussissent pas à asseoir le bien-fondé de la préscolarisation précoce, mais ils ne doivent pas non plus conduire à le remettre en cause. Ils alertent sur la nécessité de penser les conditions d'accueil des tout-petits à l'école maternelle pour que l'expérience scolaire profite à ces derniers.

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