Inondations et biodiversité en cette hivernale de 2018 : une brève introduction

Humanité et Biodiversité - 09/02/2018 09:25:00

Les inondations en cours nous remémorent celles survenues en juin 2016 lesquelles avaient cruellement touché l'Europe et la France (29 morts dont 6 en France, un milliard d'euros de dégâts).
Pour l'instant une décrue modeste et lente est en cours. Aucun mort n'est à signaler en France et les dégâts en première évaluation sont en diminution.
Une pensée pour nos compatriotes qui sont touchés par cette crue et nous leur témoignons notre solidarité dans cette épreuve difficile.

Notre époque est annoncée comme subissant un changement climatique avec de grandes phases de pluie et il se pourrait que de telles inondations deviennent plus fréquentes.

Ces épisodes de crues, l'hivernale de 2018 et l'estivale de 2016, sont d'après Météo France les plus importants depuis plus de 30 ans.
Le pic sur la Seine à Paris a été équivalent à celui de 1982 (6,10 m en juin 2016 et 5,82 m en janvier 2018 contre 6,18 m), mais les crues de certains affluents de la Seine ou d'autres cours d'eau ont atteint des niveaux supérieurs à ceux de 1910 (notamment pour le Loing lors de la crue de juin 2016, 6,31 pour le Doubs à Besançon en janvier 2018, la Marne et la Meuse flirtant avec les 4 m pour les deux crues).
En aval de Paris la crue de la Seine est liée aux coefficients de marée (élevés et comparables à la tempête Eleanor de Janvier 2018) avec des débordements plus importants en juin 2016 et des effondrements de terrains rendus instables par les crues du côté de Bernay.

L'origine de ces épisodes est le niveau de précipitation exceptionnelle sur les mois précédents (en mai pour juin 2016 et décembre pour janvier 2018). La Loire et ses affluents ont été moins affectés en janvier 2018 qu'en juin 2016 ; les neiges du Massif Central n'ayant pas entièrement fondu et la gestion des rives de Loire intégrant les épisodes de crues doivent porter leurs fruits.
es deux parties des cours d'eau
Fleuves, rivières, torrents sont composés de deux parties :

celle où l'eau coule
et celle où l'eau déborde.
L'inondation est un phénomène naturel important pour le fonctionnement des cours d'eau.

L'inondation permet de purifier l'eau et de la stocker dans des nappes phréatiques.
C'est aux abords des rivières et des fleuves que le surplus d'eau s'infiltre et rejoint les nappes phréatiques, créant ainsi des réserves pour les périodes de sécheresse.
Les zones inondables sont de véritables espaces tampons. Mais on l'a totalement oublié.
Les terres agricoles sont drainées et l'eau est déversée directement dans la rivière. Comme elle ne passe pas dans la zone tampon, elle n'est pas purifiée. Elle transporte donc beaucoup de nutriments qui se perdent plutôt que de fertiliser la terre. C'est de cette charge de nutriments que vient la couleur café au lait des rivières en crue. C'est aussi en raison de cet excès de nutriments que certains estuaires sont envahis d'algues vertes.
L'existence d'une zone tampon a également un impact positif sur la qualité des eaux en filtrant aussi les produits phytosanitaires issus de l'agriculture intensive.

Les inondations contribuent à la fertilisation des sols en participant au transit et au dépôt des sédiments fins accompagnés de matière organique et de sels minéraux pendant la crue (le limon). Les zones inondées sont aussi souvent le siège de proliférations d'algues microscopiques d'eau douce qui fixent l'azote et participent à la fertilité des sols. Les inondations maintiennent ainsi la qualité agricole des plaines deltaïques des grands fleuves, y compris dans les régions de climat aride (Nil en Egypte, Tigre et Euphrate au Moyen-Orient, Sénégal en Afrique).

La zone tampon contribue à la réduction des risques d'inondation en aval, à la lutte contre l'érosion des deltas et à la protection contre les tempêtes côtières. Elle participe à l'écrêtement des crues, c'est-à-dire à l'étalement du débit dans le temps, réduisant d'autant le risque d'inondation en aval.

L'apport en limon jusqu'aux deltas limite l'érosion marine.
Les accumulations de matériaux déposées par les eaux de crue en aval des fleuves conduisent parfois à l'édification de barrières naturelles qui tiennent lieu de protection temporaire contre les tempêtes côtières, comme au Bangladesh.

Depuis fort longtemps les hommes ont cherché à s'implanter sur les bords de rivières.
Ils y trouvent à proximité et souvent en abondance de l'eau potable, des poissons, des matériaux (bois, roseaux ...), un moyen de transport.
La densité de l'occupation des bords de cours d'eau sur la partie où l'eau déborde, la zone inondable, a augmenté au fur et à mesure pour atteindre des densités importantes que nous connaissons. Des villes ont été bâties et des activités humaines s'y sont développées. Pour les protéger, des digues ont contrôlé le débordement des fleuves et rivières les empêchant de s'autoréguler et en cas de fortes crues dépassant la capacité des digues provoquant des dégâts énormes.

Le risque d'inondation se définit communément comme à la fois :

une réalité physique (l'aléa), caractérisée par son extension spatiale, sa magnitude, sa fréquence, sa durée, sa saisonnalité ;
un fait social, économique et politique résultant de l'activité humaine (la vulnérabilité) caractérisé par son coût économique et psychologique, sa perception, sa gestion.
La zone inondable la plus courante, d'origine « naturelle », est la plaine d'inondation fluviale.
Elle représente cet espace formé de l'accumulation de sédiments transportés puis déposés par le cours d'eau lors des crues, espace que l'on appelle communément plaine alluviale. Elle constitue une zone de stockage de l'eau lors des crues. C'est, en quelque sorte, l'espace naturel de « respiration » du cours d'eau, soit une sorte d'espace de liberté de la rivière.

Dans ces zones et à condition qu'elles bénéficient d'un sol riche et vivant la ressource en eau survenue lors des crues est stockée dans ces mêmes sols au bénéfice des cultures estivales évitant ainsi le recours systématique à l'irrigation artificielle.

Le rôle des pratiques agricoles en zone inondables se retrace à travers les trois phénomènes ci-dessous qui vont se succéder lorsqu'arrivent les premières pluies automnales:

le stockage d'eau par les sols (capacité de rétention). Il peut effectivement varier en fonction des pratiques agricoles, de la teneur en matière organique des sols, entre 50 et 200 litres par m2 environ, mais il est rapidement saturé par des pluies d'automne modérées et jouera plutôt sur la résistance à la sécheresse des cultures en période estivale (ce qui est loin d'être négligeable).
la perméabilité des sols, qui va "arbitrer" entre infiltration et ruissellement superficiel et dépend aussi de la teneur en matière organique (diminution du risque de formation d'une "croûte de battance") mais va aussi dépendre d'autres phénomènes (semelle de labour, macrofaune du sol...). Elle peut varier entre 0 et quelques mm par heure et peut donc se retrouver "débordée" dans le cas de pluies intenses.

le ruissellement de surface, quand les capacités de rétention et d'infiltration sont saturées. Dans ce cas, ce sont d'autres pratiques comme le maintien ou le développement des "surfaces d'intérêt écologique" prévues par la PAC (haies, bandes enherbées), le maintien de prairies permanentes (qui ont considérablement régressé dans la bassin parisien), la couverture hivernale des sols... qui vont intervenir. Ces pratiques ne vont pas modifier la quantité totale d'eau qui va ruisseler mais peuvent opérer un "ralentissement dynamique", c'est à dire ralentir sensiblement la vitesse, et donc la rapidité et l'amplitude des crues.


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