Au Parlement européen : Une poussée à droite mais la coalition majoritaire sortante avec la primauté du Parti Populaire européen devrait être reconduite

Fondation Robert Schuman - 12/06/2024 09:10:00

Les élections européennes se sont tenues du 6 au 9 juin dans les 27 Etats membres de l'Union européenne avec une participation qui serait supérieure à celle enregistrée en 2019, preuve que les citoyens se sentent davantage impliqués par les questions européennes.




Maintien des grands équilibres


Ce dixième scrutin européen révèle la prépondérance du parti populaire européen (PPE), qui reste le premier groupe avec 186 sièges et du parti socialiste européen (PSE), dont le groupe S&D se maintient second avec 135 sièges. Ce sont encore une fois les deux seuls groupes qui dépassent le seuil de 100 députés.
Renew qui l'avait dépassé en 2019 (102) est en perte de vitesse du fait notamment du très mauvais résultat de Renaissance en France (14,6%) contre 22.42% en 2019 et du faible résultat du FDP en Allemagne (5.2%). Le groupe se maintient pour l'instant à la troisième place avec 80 élus.
Ces trois groupes forment avec 400 sièges la seule coalition majoritaire possible comme nous l'écrivions déjà en début d'année.
On pourrait donc en conclure que les principaux équilibres politiques étaient déjà à l'oeuvre depuis 2019. La perte de la majorité absolue par les deux principaux groupes fut alors un véritable changement alors qu'ils dominaient le Parlement depuis les premières élections au suffrage universel direct en 1979.

Une poussée à droite contenue


Beaucoup d'observateurs redoutaient une forte poussée des partis de droite radicale, populiste nationaliste, voire extrême. Ils progressent certes, mais de manière plus limitée que prévu.


Dans le groupe des Conservateurs er réformistes (ECR), le parti Fratelli d'Italia (FdI) de la Présidente du Conseil, Giorgia Meloni, arrive en tête en Italie, ce qui était attendu, mais c'est le seul cas. Les Polonais de Droit et Justice (PiS) arrivent seconds tout comme la N-VA en Belgique, Vox arrive troisième en Espagne avec moins de 10%, les Démocrates suédois (SD) ne sont plus que quatrièmes après avoir fini seconds lors des dernières élections législatives de 2022 et les Vrais Finlandais, membres du gouvernement, terminent sixièmes. Ce n'est donc pas un raz-de-marée.

Dans le groupe Identité et Démocratie (ID), Le PVV de Geert Wilders n'a pas réitéré l'exploit de finir premier comme il avait réussi à le faire lors des élections législatives du 22 novembre 2023. Il est devancé par la coalition gauche-verte. En Belgique, le Vlaams Belang coiffe d'un cheveu la N-VA... mais qui le supplante au Parlement fédéral où les élections législatives étaient organisées le même jour. La Lega italienne qui constituait la principale délégation de ce groupe dans le parlement sortant voit ses résultats fondre. Il va passer de 22 élus à 8.
Seuls deux pays voient un parti de ce groupe arriver en tête. Le FPÖ en Autriche obtient 27% mais il est talonné par l'ÖVP (PPE) du Chancelier et surtout la France où le Rassemblement national dépasse le seuil de 30% (31.5%) des voix, surpassant le parti Renaissance de plus du double de voix.

La spécificité française

Ce revers a entraîné une situation politique inédite en France. Le Président français, lors d'une allocation le 9 juin au soir, tirant les conséquences de ce résultat, a décidé de dissoudre l'Assemblée nationale (Chambre basse du parlement français. C'est la première fois que des résultats des élections européennes ont une telle conséquence sur la vie politique française, alors qu'à plusieurs reprises les partis au gouvernement se sont trouvés en difficulté dans ces élections. Le scrutin législatif aura lieu les 30 juin et 7 juillet.

Incidences pour la présidence de la Commission


Le parti populaire européen étant toujours, et de loin, le principal groupe, peut revendiquer la présidence de la Commission. Il a désigné en mars dernier comme tête de liste la présidente sortante de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, candidate à un second mandat. Cette fois-ci, et contrairement à 2019, elle s'est assurée du soutien de son parti en Allemagne, la CDU, et celui du PPE.
Première femme présidente, elle peut se prévaloir d'une expérience acquise tout au long de ses cinq dernières années. Sa candidature doit être « proposée» par le Conseil européen qui se réunira de manière informelle le 17 juin, puis en sommet les 27 et 28 juin. Ce sera le premier acte de la désigna-nation des principaux postes (top jobs) au niveau européen. Il convient que les autres forces politiques majeures, PSE et Renew, se mettent d'accord, en vertu d'une répartition politique entre la présidence du Conseil européen (PSE) et le poste de Haut représentant pour les Affaires étrangères (Renew). En 2019, Renew avait obtenu la présidence du Conseil européen et le PSE le poste de Haut représentant.
Si tel est le cas, il lui faudra obtenir la majorité des voix (361) au Parlement européen lors de la prochaine session plénière à Strasbourg (16-19 juillet). En 2019, désignée par le Conseil européen en lieu et place du candidat désigné par le PPE, elle n'avait obtenu qu'une courte majorité de 9 voix. Cela devrait être différent cette année même si elle doit faire campagne pour pallier de possibles défections dans son camp.
On ne voit pas très bien quelles alternatives crédibles pourraient se présenter au risque de perturber un calendrier déjà très serré pour une entrée en fonction d'ici la fin de l'année. L'Europe a besoin d'être en ordre de marche pour affronter et relever les défis auxquels elle est confrontée.