Stratégie nationale de prévention de lutte contre la pauvreté

Elysée - Présidence de la République - 14/09/2018 09:05:00

Il n'y a pas de discours qui puisse atteindre la force et la vérité qu'avec beaucoup de pudeur vous avez distillé, parce que le quotidien que vous avez esquissé à l'instant, ça n'est pas celui de quelques oubliés dans notre pays ; ça n'est pas celui de quelques accidentés de la vie. C'est celui de 9 millions de nos concitoyens, dont 3 millions d'enfants.

Et derrière ces chiffres, auxquels on s'habitue très bien, derrière tous les plans, tous les plans ou toutes les stratégies auxquels on peut très bien s'habituer, parce qu'ils mettent à distance la réalité, il y a le scandale de la pauvreté, c'est-à-dire de vies qui ne sont pas choisies, d'accidents qu'on a subis, de batailles qu'on a menées, parfois perdues.

Un scandale auquel, au fond, nous nous sommes trop souvent habitués. J'ai vu depuis que je sillonne la France les visages divers de ce qu'on appelle la pauvreté, de cette maman seule qui élève ses deux enfants et travaille à mi temps, cette famille avec un seul revenu proche du Smic, de ce sans domicile fixe, ancien cadre dans une petite entreprise, que l'on croise pendant plusieurs années, de cet homme, jeune qui bascule suite à des problèmes de santé et à la perte de son travail.

De ces vies, un peu comme les vôtres, que vous avez à peine dites, par pudeur, qui sont les vies de nous tous et toutes. Etre pauvre, comme on dit, c'est d'abord se battre sur tous les fronts, et les victoires tiennent du miracle. Avec la pauvreté, vient le manque d'accès au logement, à l'alimentation de qualité, et donc à la santé. Avec la pauvreté, viennent les difficultés dans l'éducation, la formation, et donc l'accès au travail, et donc l'accès à un revenu décent.

Avec la pauvreté, vient la peur, la peur de ne pas pouvoir donner autant qu'on le voudrait à ses enfants, la peur d'être jugé, l'épuisement pour conserver sa dignité. Etre pauvre, ça n'est pas une situation, c'est un combat de chaque instant pour tenter de survivre. J'ai été frappé à chaque fois que j'ai entendu des personnes témoigner dire leur vie, dire exactement le contraire de ce que nombre de nos concitoyens, avec beaucoup de sincérité, pensent, pensent qu'être pauvre, vivre avec le RSA, c'est un droit qu'on a donné aux gens, vous avez démontré le contraire, mais à chaque fois que j'ai entendu des gens témoigner, ils disaient : nous, on n'arrête pas, avec beaucoup d'humour, certains d'entre eux me disaient même : on a un agenda de ministre.

Parce qu'il faut aller demander à tel endroit autre chose, il faut emmener l'enfant à la crèche, il faut ensuite aller retrouver... aller au rendez-vous devant le juge parce que ceci ou cela, parce que ce sont des journées terribles, pour essayer de survivre, et en effet, des journées qui ne permettent ni de se reconstruire, ni d'aller à l'emploi, ni de reprendre sa part dans la société.

Et ainsi se boucle la boucle de la fatalité sociale, cette fatalité sociale qui fait qu'en France, il faudra six générations pour que les descendants d'un Français issu d'une famille pauvre accèdent à la classe moyenne. Cette fatalité sociale qui fait que les plus pauvres sont toujours logés près des plus pauvres, que quand une famille quitte un quartier difficile, une autre famille plus pauvre encore la remplace, comme une forme d'encerclement de reproduction à laquelle on ne pourrait échapper.

Cela, je l'ai appris de vous, parce que, trop souvent, on se réfugie derrière les chiffres, les rapports, mais à écouter, à vous voir travailler, tous ces mois, à prendre du temps avec les uns et les autres, j'ai entendu et compris cela.

Et parfois, on me demande : qu'est-ce que c'est qu'être Français ? Et à cela, je réponds sans hésiter : être français, c'est porter une ambition universelle pour notre pays, c'est le vouloir fort, c'est chercher à exceller dans chaque domaine que l'on embrasse, et au-delà de nous-mêmes, et c'est en même temps refuser cette situation à laquelle nous avons fini par nous résigner.

Etre français, c'est n'avoir pas de repos tant que ce que vous avez décrit existe, et ce qui nous fait Français, c'est cet instinct de fraternité qui fait de la liberté de chacun de choisir sa vie, notre combat commun, parce qu'il n'y aurait pas d'un côté le combat pour la liberté, et de l'autre, celui pour l'égalité. Ces deux combats son jumeaux, parce qu'au fond, le scandale des vies que vous avez décrites, c'est à un moment de ne plus pouvoir choisir sa vie, et d'être enfermé dans une situation, une spirale, et pour nous autres, de nous y habituer.

Et si je suis ici devant vous, Mesdames et Messieurs, c'est pour essayer de lancer, avec vous, un combat neuf, indispensable, vital pour notre pays, celui de décider résolument de ne plus oublier personne ; nous sommes légitimement fiers d'une protection sociale qui permet de contenir la pauvreté, grâce à la redistribution, et ce modèle français, qui a été bâti à travers les décennies, qui est le fruit d'une prise de conscience forte à la fin du 19ème siècle, hérité de la philosophie des Lumières, puis, d'une construction ambitieuse unique au sortir de la deuxième guerre mondiale, ce modèle français, néanmoins, qui a été ensuite enrichi par toutes celles et ceux qui se sont engagés avec force, et vous en avez rappelé à l'instant quelques grands noms, que je salue ici, et nombre de mouvements qui sont présents dans cette salle, d'associations, de mouvements philosophiques, d'actions sociales, d'engagés, de travailleurs sociaux, de chercheurs, de scientifiques, ce sont celles et ceux qui ont construit cette fierté française, mais néanmoins, nous n'avons pas collectivement réussi à enrayer un déterminisme social et territorial, une assignation à résidence que j'ai plusieurs fois dénoncée.

.....la suite c'est ICI .Transcription de la présentation par le Président de la République de la stratégie nationale de prévention de lutte contre la pauvreté


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